Des larmes de nuages
glissent sur les carreaux, levée à peine, dans les mains une
tasse de café chaud.
Je colle mon nez à la
fenêtre, d’un côté des gouttes glissent sous mon nez, sous
mon regard, j’en louche presque à suivre les gouttes, mais
j’aime ces reflets et ces traces filtrés par la buée de mon
côté, la chaleur de mon café part en
fumée…
j’y colle le bout
du nez : une trace… des souvenirs me reviennent,
combien d’enfants n’auront jamais pu résister à cet
appel du gribouillage qui finira par dégouliner… et
sécher ?
Je me souviens des jolis
cœurs dessinés, des bonshommes aux cheveux tirés comme les
soleils… je souris en regardant mon p’tit reflet
tourbillonner au fond de mon café…
Je relève la tête, le
ciel est sombre, il pleut des cordes… et au lieu de penser à
ce que je devrais faire, j’imagine tout ce que je ne pourrais
pas faire… ne rien faire, rester à rêvasser à quelques
souvenirs qui reviendraient au bord de ma tasse à café et des
fenêtres déjà trempées…
J’y suis arrivée,
j’ai trouvé la tenue pour sortir, chipée à l’aveuglette
dans mon armoire. Rien ne sera pire que ma trombine sous la
pluie… qui prendra le temps de voir ?
Les gens cavalent sous
leur parapluie, j’ai l’air idiote, je n’ai rien
pris, mais ça m’amuse de voir au loin les parapluies
faire leur danse des pieds qui gigotent.
Une drôle d’image
apparait, une drôle d’idée, et si les jours de pluie était le
jour des parapluies à deux pattes ? Bienvenue dans mes
délires ! Si on m’écoutait penser nul doute que je
serais certainement déjà internée ! Mais je m’amuse avec
mes drôles d’idées et je guette maintenant les
parapluies qui passent ! Chacun son style, chacun ses traces
sur la toile, je me dis finalement c’est comme cette idée que
les chiens ressembleraient à leur maître… bé ce n’est
pas si faux pour les pépins d’pluie ! Branché, original,
sorti d’un vieux grenier, pépin pratique et facile à ranger,
pépin imposant à crever le regard, pépin fastoche à tenir,
pépin à retenir, pépin capricieux qui n’en fait qu’à
ses branches, pépin malin transparent pour tout voir, pépin
de marque… il y en a dans tous les styles... et moi
rien ! Quel pépin suis-je ?
"qui prendra le temps de
voir ?" c'est la question que je m'étais posée avant de partir
et qui allait trouver sa réponse !
J’arrive
finalement à mon point B déposer quelques papiers. A l’entrée
un couple me regarde, je me vois dans le reflet de la porte
automatique qui va s’ouvrir… je dégouline comme un
pépin d’pluie !
C’est à croire que
j’ai voulu prendre rien que pour moi toutes les gouttes que
j’aurai croisées, « me regardez pas comme ça !
C’est pas ma faute c’est elles qui se sont jetées sur
moi ! » .
Je me rassurais,
arrivais à m’en débarrasser, au sol une trainée d’eau
me suivait, décidément, l’eau m’en veut
aujourd’hui ou m’adore ! j’ai bien vu
quelques regards qui me suggéraient de me jeter à l’entrée
dans le seau à pépins … j’ai hésité, j’ai
regardé… j’avais pas trop envie en fait, je leur ai
souri.
J’ai cru que
j’avais rétrécie sous la flotte, j’avais jamais vu un
comptoir d’accueil aussi haut !
Un homme derrière
s’adressa alors à mes deux yeux qui dépassaient tout
juste « Madame ? ».
Je lui expliquais que je
venais déposer quelques papiers. En fait, ça a duré quelques bonnes
minutes pour lui expliquer que cela, il faut dire que j’avais
les cheveux trempés, que ça gouttait comme si j’étais
une gouttière un jour de pluie à moi toute seule, que je voyais
rien, que j’arrêtais pas de m’essuyer avec mes mains ou
mes manches plus trempées que moi encore… et là, une pensée
soudaine qui a totalement transformé mon visage en horreur :
mes papiers !
Sous mon bras…
oui sous mon bras, heureusement rangés dans une
chemise… cartonnée ?!... ouïe !
Je continuais à
déblatérer un blabla sans nom à monsieur accueil pour le distraire
mais rien à faire, il ne lâchait pas mes papiers trempés des
yeux… . Je lui tend donc des papiers « humides »
mais lisibles, pour dire vrai je n’ai pas osé lui proposer de
les poser quelques minutes sur le radiateur là juste derrière
lui… il a pris mon tas de paperasse du bout des doigts, un
air catastrophé… j’étais franchement gênée, il me
regardait d’un drôle d’air à me dire « ils sont
pas en meilleur état que vous ! » , je lui ai encore
souri : « heureusement qu’il pleut !
Autrement personne n’aurait voulu croire que je me suis
pris un seau d’eau dans la figure ! ». Il désigna
un rang de banc en me demandant de patienter. J’ai filé
illico m’asseoir, il ne donnait pas l'impression d'avoir
envie de rire. La pluie délave les sourires !
Un bouquin sur une
petite table, des revues et une sorte de petit magazine fait
maison… « té ! Le
magazine ! ».
Une sorte de petit mémo
réaction d’une jeune femme… je
lisais.
Le sujet traitait
d’un cas particulier dans la société, d’une
personne en difficulté. Son cas était précisément décrit et
on voyait qu’elles étaient les aides et le fonctionnement du
système pour qu’elle puisse s’en sortir
aujourd’hui dans notre société.
On comprenait en lisant
que le système ne vous aide que si vous n’avez absolument
rien, il vous faut avoir le nez au fond et vraiment pour que
des mesures minimums soient mises en place.
J’ai été
particulièrement touchée par cette histoire dingue. Révoltée de
voir et de réaliser comment fonctionnait le système dans ce cas et
des maigres chances qu’il y avait en face pour aider ces
gens.
Mon RDV est passé très
vite… tant mieux ! Cet article ne m’a pas
lâchée.
Une multitude de
questions se sont enchainées : combien de cas y ‘a
t’il ? combien de situations précaires ? Quelles
sont vraiment les aides et pour quoi ? Que doivent vivre
certaines personnes durant ces instances et ces délais où les
dossiers sont validés, pris en compte ?
C’est quoi ce
monde ? c’est quoi cette
humanité ?
Je me fichais royalement
de retourner sous la pluie, je ne sais pas si j’y pensais
vraiment. Je n’avais plus de papiers à protéger de toute
façon !
Je ne sais pas si c'est
le temps ou moi qui était bizarre … il y avait une sorte de
flottement étrange … je vis dans ce
monde…
Les bruits et les odeurs
n’étaient plus les mêmes, comme si l’atmosphère avait
changé, ma vision peut-être, mes états d’âmes influeraient
sur mes perceptions !
Les pépins à deux pattes
ne me faisaient plus rire, je me demandais maintenant quelle vie
cherchait à se protéger… toi qui es-tu ? et toi que
vis-tu ?
J’écoutais tous
ces bruits dans mes pensées, l’écho des flaques déchirées
sous les roulements des voitures…
Il y avait comme un
nuage dans ma tête, comme un orage qui s’annonçait plus fort
encore, j’avais envie de m’asseoir sous cette pluie
pour qu’elle me raconte encore cet endroit « ici et
maintenant », comme assommée par des images imaginée de cette
société.
Étrange endroit, comme
ce moment, où l’on se demande où l’on est
vraiment… on ne sait plus ce qu’on fait là et quel but
il y a à donner à notre présence là… on se regarde, comme si
notre esprit sortait de notre tête, on le regarde se placer
au-dessus de nous, tout en haut, d’où surgissent les gouttes
de pluie… c’est étrange ce couloir que je vois et ce
miroir où je me vois en bas, la tête penchée en arrière … je
pourrais les boire… j’aurais voulu sortir ma langue
pour les avaler… ou bien me faire
aspirer...
Je sentais mes vêtements
mouillés… je sentais que j’avais froid…
il y avait du vent aussi, je frissonnais.
Je suis repartie à ma
voiture… à l’abri ? C’est étrange d’avoir
froid et chaud juste après… c’est rassurant, mais mon
nuage dans ma tête est toujours là… il y avait comme cette
crispation dans ma poitrine, cette peur de l’éclair qui
pourrait tout déchirer… je sentais l'orage gronder en
moi et faire ses nuages de peine.
J’allumais une
clope que je m’écoutais fumer… je soupirais… je
regardais le monde fonctionner à l’abri dans ma
voituremobile.
J’ai aimé cet
instant… si proche de la vie… de cette perception
trempée par les larmes des nuages. C’est le jour des nuages
qui pleurent, le monde peut-être… où se cache leur
cœur et leur âme ?
Je regardais ce ciel, je
cherchais une vraie réponse que jamais je n’aurais…
je le savais.
En rentrant, j’ai
retrouvée ma tenue décontractée … des chaussettes et mon
café… une cigarette dans un siège pour croiser mes petons en
avant, suspendus au-dessus de rien… ils pointaient au-devant
de la fenêtre ce ciel de temps de pluie…
J’ai regardé,
j’ai cherché, j’ai rêvassé… aussi triste que ces
boules de coton flottantes qui filaient leur peine au-dessus de ce
monde…
J’ai rêvé
qu’il fallait être à quelques étages pour s'en rapprocher,
j'ai rêvé qu'il suffisait de tendre le pied pour arriver à les
toucher du bout de l’orteil à peine
…
K.Roll 2010
(texte protégé)









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